Complexe d'Empédocle 1977-1982

Tables de la loi 1976

Phoenix 1988

Samouraï

Samouraï

Symbiose 1 1990

Energie volcanique 1986

Espace et tension 1985

Volonté de Puissance

Volonté de Puissance

Séisme

Séisme

Transcendance 1983

Nombril 1977

Nombril 1977

Art Chtonien 1986

Arbre de Vie 2005

Evolution

Evolution

Ligature

Ligature

Vision d'Empedocles

Vision d'Empedocles

Mythes et Symboles 1984

Progrès 1977

Contrainte

Contrainte

Ligature

Ligature

Prédiction

Prédiction

Fusion Volcanique

Fusion Volcanique

Energie volcanique 1985 170x100x60

Flux & Reflux

Flux & Reflux

 

Les sculptures avec lave

La rencontre avec la lave

Le déclic. Ce jour de 1975 où André Bucher rencontra le vulcanologue Haroun Tazieff sur un plateau de télévision fut une véritable révélation pour le sculpteur genevois et marqua un tournant décisif dans sa carrière d’artiste. Cette rencontre lui ouvrit les portes d’un univers nouveau qui correspondait si bien au caractère enflammé, fougueux et entier du sculpteur : la lave, cette matière qui révolutionnera la démarche créatrice et la vie d’André Bucher. Puiser aux sources de la vie, plonger dans la matrice terrestre pour en retirer la matière originelle en fusion de notre mère nourricière et la sculpter, ce défi insensé plut immédiatement à cet artiste. La perspective de travailler deux matières si différentes mais dont le point de fusion est si proche : la lave et le bronze excita l’esprit du créateur. Il mit sur pied une première expédition composée de six personnes qui partit à l’assaut des flancs de l’Etna en mars 1976. Il imagina des outils capables de résister à la température de la lave en fusion et à la corrosion des gaz. Equipés de tenues ignifugées empruntées aux pompiers de l’aéroport de Genève, André Bucher et ses compagnons d’expédition purent réaliser leur objectif : saisir la matière incandescente, la couler dans des moules préalablement préparés et réaliser une oeuvre d’art. Le travail de la lave en fusion était complexe, les outils fondaient ou étaient corrodés, le plexiglas prenait feu et il n’y avait pas d’eau pour l’éteindre. Il fallait être extrêmement vigilant face aux projections de lave du monstre en furie : les fameuses bombes volcaniques projetées à plusieurs centaines de mètres de haut et qui retombaient au hasard. D’autre part, il fallait se méfier des gaz mortels ou des coulées de lave qui ne prenaient pas le chemin escompté. Les flancs du volcan pouvaient également s’ouvrir à tout moment en créant de nouvelles coulées et piéger l’équipe. C’est peut-être pour toutes ces raisons qu’André Bucher resta l’unique sculpteur, à notre connaissance, a avoir bravé tous ces dangers pour aller au bout de sa passion.

Milo Steiger, cinéaste, a immortalisé ce travail exceptionnel dans un premier film en 1976 : « La Sandale d’Empédocles » avec Christian Barth et en 1980 dans une seconde réalisation : « Flirt with Fire » produit par Jacscam Entreprises avec Claude Cameredon et Jacques Piquerez, films qui ont été diffusés sur de nombreuses chaînes de télévision dans le monde.

La force d’attraction des volcans pour André Bucher conditionnera son esprit, sa pensée, sa philosophie de vie en permanence. Nous recommandons au lecteur de se plonger dans l’ouvrage : « Think Lava Art » où l’artiste développe sa conception du monde, de la matière, du Cosmos et sa relation au divin à travers la résonance des matériaux. Il y a dans la recherche créatrice de l’artiste une quête d’absolu, d’harmonie avec les fruits de la nature, une humilité face aux éléments supérieurs et une cohérence totale entre la démarche d’André Bucher, sa vie et le message qu’il désirait nous transmettre à travers ses oeuvres. André Bucher révéla dans ce livre, auquel il tenait tant et publié en 2005, une parcelle de lui-même alors que, malgré son caractère expansif, il dévoilait rarement ses pensées profondes, évitant les sujets sérieux par une pirouette.

Le bronze et la lave, André Bucher a trouvé dans l’union de ces deux matériaux la dualité sur laquelle il aimait tant travailler et autour de laquelle il a axé une grande partie de son oeuvre. Il se dégage de toutes ses créations, une force, une puissance, nous dirions même une violence, reflets de l’énergie sans bornes de l’artiste mais aussi de la volonté de représenter un monde jamais achevé, en perpétuelle mutation à l’image de notre terre depuis des millénaires. A travers une ouverture providentielle dans la croûte terrestre, le sculpteur nous oblige à plonger à l’intérieur du magma terrestre, mais aussi au plus profond de nous-mêmes, noyaux identiques en fusion permanente. Il nous rappelle que l’épaisseur de la croûte terrestre ne mesure que 35 kilomètres alors que le rayon de la terre est de 6371 kilomètres. Nous vivons ainsi en sursis sur un océan en fusion, équilibre précaire comme certaines de ses sculptures qui tiennent par la force de la gravité terrestre et quelques câbles d’acier. Symbole, tout n’est que symbole chez André Bucher, ses oeuvres invitent à la réflexion; il n’y a jamais rien d’anodin, d’irréfléchi, l’intervention du hasard, de la nature ou du divin font partie intégrante de sa réflexion afin de tendre vers une relation harmonieuse entre l’homme, la sculpture, son environnement, la nature et le Cosmos. Cette union idéale, André Bucher l’a trouvée dans la notion de résonance, harmonie entre notre esprit, la lave et le bronze qui vont tendre vers la même fréquence.

André Bucher est allé si loin dans sa réflexion sur le niveau de résonance identique entre la lave et le cerveau qu’il a sculpté ces têtes uniques où la matière originelle remplace le cerveau, démarche aboutie et totale où l’artiste va jusqu’au bout de lui-même, le revendique mais ne donnera la clé qu’à l’initié, le mystère demeure à la porte du temple.

© 2012 André Bucher – Sculpteur